Les foires aux vins

Le vigneron dispose d’un outil très intéressant pour promouvoir ses produits : les foires aux vins. Une manière ludique et lucrative d’aller à la rencontre de sa clientèle aux quatre coins de la Suisse. L’aspect ludique de l’aventure est resté, en revanche la réalité économique a quelque peu changée ces dernières années. Autrefois, le client était fidèle à son vigneron. Le Comptoir Suisse de Lausanne constituait pour une grande partie des helvètes la « sortie annuelle ».

Après avoir flatté le flanc des vaches, admiré l’aisance équestre de quelques cavalières en herbe, le visiteur se rendait dans la Halle aux vins Suisse chez son vigneron préféré. La commande annuelle passée, il savourait une fondue aux Caveau valaisan ou fribourgeois et retournait dans ses terres, heureux de savoir que sa cave était à nouveau bien garnie pour l’année à venir. Il en allait de même du côté de Zürich où l’Expovina (foire aux vins sur les bateaux) drainait un public nombreux et volontiers dépensier. C’était le temps heureux où les carnets de commande se remplissaient tout seul. C’était le temps d’avant les promotions régulières de la Coop, Denner et Aldi et de l’ouverture des marchés aux vins étrangers qui a vu le territoire envahit de vins en provenance du monde entier pour des prix défiant toute concurrence. Mais pas seulement. Le vin est devenu un objet de luxe, un objet de convoitise absolu. L’absorption du divin nectar est désormais un véritable exercice intellectuel, on ne boit plus un verre de vin seulement pour le plaisir. Le vigneron derrière son stand ne se contente plus de tendre son bloc de commande à la troisième rangée de visiteurs, il doit expliquer pourquoi sa Petite Arvine est sèche, pourquoi son Cornalin en barrique coûte 30 francs alors que chez Denner on en trouve pour 15 francs. Il développe patiemment sa philosophie, son travail à la vigne et à la cave à un visiteur intéressé et connaisseur qui lui dira sans ambages que sa cave est pleine, que son budget annuel est déjà dépassé ou que le vin, très bon en l’occurrence, n’est toutefois pas à son goût. Mais une foire aux vins, si elle a perdu de son attrait économique, reste un formidable outil de marketing, une présence indispensable pour présenter ces vins. C’est aussi le meilleur endroit pour prendre la température, pour connaître les tendances du moment où celles à venir. Et quoi de plus grisant lorsqu’une étincelle s’allume dans les yeux du visiteur sous le charme d’un vin qu’il découvre. Quoi de plus jouissif lorsque le vigneron parvient à attirer le chaland à la cause de ses vins ! Le métier est devenu plus dur mais oh combien plus passionnant ; c’est une rencontre vers l’autre, un rendez-vous quotidien avec un public assoiffé de nouvelles révélations bachiques. Paroles de vigneron !